Journal d’un père de famille ordinaire

18 avril 2019 

– Je m’ennuie papa. 
– Viens on va s’assoir sur le banc.
– On va perdre notre temps.
– Perdre son temps ce n’est pas du temps perdu.
Il s’arrêta et me regarda, quelques secondes (l’oeil dédaigneux comme lorsqu’il défie son vieux père). 
– C’est une citation, de Fred Vargas dans Pars vite et reviens tard. 
– C’est un livre ?
– Oui. Faut prendre le temps et je te dirai même, dans ce monde ultra connecté, c’est un talent de saisir le temps. 
Il y eut un flottement, désagréable. Le silence dura en longueur.
– Mwai, on fait un basket ? 
– Si tu veux. 

Avec mes enfants, tout est clair : durant vingt ans, j’ai fait n’importe quoi. À présent, il me reste vingt ans pour retrouver une forme physique … 

Le grand joue au basket. Tout est de ma faute ! Pour moi, il souffre de mimétisme inconscient. Bon, je tiens à préciser, je suis atteint d’un syndrome nouveau et étrange nommé Doltoisme chronique aiguë. J’analyse tout. Tout est cause et effet, cause à effet, conséquence, origine. Ma femme me prend pas pour un fou (en réalité, elle est pire que moi). 

Donc dimanche, avant la sortie de la dernière saison de Games of Thrones et l’embrasement de Notre-Dame de Paris, j’ai amené mon fils à un tournoi de basket à Saint-Priest. 

Un gymnase avec deux cents parents dans les tribunes – écho assourdissant de cris d’encouragement – l’horreur pure et simple. 

À quinze heures, ils ont effectué leurs premiers matchs. Fierté. Mon mini-moi est dans la surface. Mon petit coeur crépite. La balle lui échappe des mains.  

Le coach, sur le banc 

« Allez, accélère ! On dirait ta grand-mère ! ». 

La rage dégoulinait de ses yeux. Il les a entraîné tout l’hiver et à présent, place à l’accomplissement. L’échec est banni. Ce n’est pas un jeu, c’est la guerre. 

« PASSE ! »

« TIRE ! »

« DEFENSSE ! »

Autant vous dire que le match était tendu. Ma voisine, la mère d’un autre gamin inscrit dans le club du mien, se cachait les yeux avec ses mains. La tension était palpable, lancinante.
L’arbitre siffla. 

Lancer franc pour l’équipe adverse. 

« Ouuuhé »

Deux paniers ratés.
« Mauvais ! » cria une mère de famille. 

« Aux vestiaires ! » une autre. 

« T’es moche ! »

« Handicapé ! »

« Tuez-les ! »

La rage. La gagne. 
Les parents jouent gros. 

Le gamin maladroit, sur la ligne du lancer franc devint ainsi le réceptacle à frustration de toute une bande d’humains en périls. Les pauvres, lui et son équipe étaient beaucoup plus jeunes que mon fils. Au moins de deux ans.
J’hésitais. 

« Macroniste ! » j’osais finalement crier. 

Trois minutes plus tard. 

Sous mes yeux, mon fils récupère le ballon et sprint dans le camp adverse.

Je me lève.
« OUI ! »

Je pose mes mains sur ma tête. 

« VA-Y ! » 

J’ondule mes hanches d’avant en arrière. 

« ALLEZ ! »

Il reste cinq secondes au chrono affiché sur le tableau numérique.
Il remonte le terrain avec des enjambées monstrueuses – Le Bron James. 

Le coach hurle jusqu’à se déchirer le larynx (j’abuse un peu). Tous les parents dans les tribunes regardent mon fils. Mon héros ! 

Je suis debout, les mains en l’air, sous la lumière.  

Il reste deux secondes. 

Mon fils s’élance dans les airs (bon, il saute) le bras en avant. Que fait-il ? 

À la seconde où le temps réglementaire s’écoule, il pose la balle dans le panier en s’accrochant à l’arceau. 

Fabuleux. 

Historique. 

Debout, je tourne sur moi-même.

Victoire écrasante.
10 – 0
Le coach jubile. 

Je me rassois, tout sourire. 

En rentrant, dans la voiture, mon fils.
– On les a défoncé !
– Oui, enfin, le panier était à un mètre cinquante…
– Je suis le meilleur ! 
– Eux, calme toi mini pousse, tu as six ans.

9 avril 2019

Mon premier gamin est une crème. Douceur,  écoute et  sourire. Il est l’incarnation du beau, du bien et de la gentillesse.

Putain, c’est mon fils !
Parfois, je me demande comment nous avons réussis à composer cette merveille. En soirée, chez des amis, les retours sont identiques : « qu’est ce qu’il est bien élevé, qu’est ce qu’il est polit » et discrètement : « c’est pas le petit de untel et untel » (pour ne pas citer de noms). 
Nous feintons de ne pas comprendre (dans ces moments là, ma femme se recoiffe). Moi ? Mon ego explose et mon petit coeur chaloupe.
Honnêtement, internet (oui, faut bien que je parle à quelqu’un), je ne sais pas comment nous avons fait.
On a rien changé.
Rock’n roll baby ^^
Et tout s’est fait naturellement. Nous répétons souvent qu’un gamin a besoin d’amour … le reste c’est de la comédie. Pure tragédie de cette fucking comédie du trottoir … et des champs boueux. Donc oui, nous avons réussis, nous avons un gamin parfait. 

Bon.
Le souci c’est notre connerie. Nous avons pourtant conscience des réalités écologiques, de cette humanité en péril. Quotidiennement nous déposons malicieusement nos excréments dans de l’eau potable quand des enfants meurent de soif, nous glissons dans un monde où les migrations climatiques sont une réalité, et blablabla.  
Nous savions donc que ce n’était pas une bonne idée.
NOUS LE SAVIONS mais peut être comme toi, internet, nous sommes tombé dans le piège. La glue. Le trou noir avec des pieux tout au fond. La trappe dissimulée sous un feuillage.
Nous avons recommencé.
Il est là.
Il a deux ans.
Il est beau mais il bouge tellement,  je n’arrive pas à fixer vraiment ses traits de visage. Je pourrai me tromper de gosse à la crèche.
Ah non !
Il est l’unique mouflon qui se bave dessus à longueur de journée et qui s’essuie avec sa manche …
L’unique petit garçon à hurler comme un fou, des yeux de fanatique. Il se jette de partout. Il mange les croquettes du chat (ça à la rigueur). Il joue avec son caca (oui bon, j’arrête).
Voilà, je les aime tous les deux mais récemment j’ai lu une étude comme quoi les parents avaient des chouchous.
C’est dégueulasse d’avoir un chouchou.

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