24 mars 2020 – Confinement

Je vais tâché d’être concis. 
Je suis de la génération dorée. Celle qui a grandi sans internet, sans téléphone portable. Qui a vu grandir cette araignée tisser sa toile et aujourd’hui je suis aux premières loges pour voir sa chute. Quelle chance incroyable ! Quelle jouissance ! 

J’attends une panne d’électricité pour ouvrir le champagne et allumer des bougies, car au fond, je suis un grand romantique.
Je suis confiné avec ma femme et mes deux gamins, notre poisson rouge combattant (il ne risque rien) et notre chat malade (lui il ne passera pas le printemps) dans ma maison en chantier. J’ai beaucoup de chance, car j’ai « une maison » et un petit extérieur qui nous permet d’éjecter les mioches quand leurs doux cris inondent nos tympans saturés.
Dans notre famille, on construit un équilibre solide. Avec ma femme, on fait l’amour pendant la sieste des petits, mais du coup il ne faut pas faire trop de bruit. Bon je m’éloigne du sujet, désolé. Revenons à nos virus.
Nous n’avons pas encore installé des « règles de la maison » (mauvais points, bons points). Tout peut changer. En ce moment, tout est incertain. 
Pas de concert, pas de cinémas, pas de pique-nique, pas de restaurants, écoles. Internet n’a jamais été aussi important. Même mon père est en train de réaliser une vidéo de relaxation (le souci c’est qu’ils n’arrivent pas à se filmer). Mes gamins appellent tous les jours leurs grands-parents et ça aussi c’est nouveau. Sont pas cons ces gosses, ils ont tout de suite compris que c’était important de parler, de raconter. « Faut voir le positif » m’a dit le plus grand, 7 ans 1/2. « Va me chercher une bière », j’ai répondu. 
Je lis quelques « journaux de confinement » de différents auteurs, mais dans l’ensemble ils sont pathétiques puisque sans s’en rendre compte ils révèlent cette fissure entre les strates sociales. Maisons secondaires, vues sur la mer, etc. Bon, moi aussi j’ai une chance folle puisque j’ai un petit extérieur mais relativisez. J’ai fait ce choix il y a dix ans. Dix ans de travaux. De chantier. D’huissiers. De saisons froides. Puis le reste de l’année, je suis aussi loin de tout, perdu dans le trou du cul de la France quand toi tu es dans l’épicentre du bouillonnement du monde (enfin tout est relatif). 
7 jours de confinements et j’ai l’impression que le ton se durcit. Sur Facebook, les gens sont de moins en moins marrants. Les blagues sur le virus disparaissent. La chanson « on va tous crever » du Papa Didier Super circule. Des médecins font des interviews effrayantes (mais efficace). L’atmosphère est lourde, silencieuse. Restez chez vous revient sans cesse. Dans la rue, des voitures avec des haut-parleurs circulent en ordonnant aux gens de rester cloîtrés. 
La peur. 
Alors, on ne bouge pas. 
Nous devons vivre notre quotidien de manière différente. Nos enfants ne jouent plus avec ceux des voisins. Pour les faire fuir, je tousse. « La gamine d’en face a peut-être le virus ! ». Comment en est-on arrivé là ? En si peu de temps ? Les mioches s’appellent discrètement par la fenêtre, se font des blagues. C’est leur acte de résistance. J’ai mal au coeur.
J’imagine que comme nous, tu as rangé tes placards, lavés le moindre centimètre carré, etc. Nous luttons contre l’ennui, car c’est le début. Il y a quelques jours encore nous baignons dans un monde rapide, bruyant où toutes les heures étaient surchargées … nous courions sans cesse au point de ne pas entendre les cris des enfants puisqu’ils étaient soit à l’école, soit chez la nourrice. On s’appelait brièvement pour des raisons précises. Aujourd’hui, on nous demande de vivre pleinement et intensément avec ceux qui constituent notre noyau familial. Soudain, on réalise avec qui nous vivons (ou avec qui nous vivons pas) et qui nous sommes (ou qui nous ne sommes pas …). C’est un peu l’instant de vérité intense et sans précédent. L’ennui, la solitude, la lenteur, la lecture, la réflexion, regarder l’autre, écouter l’autre, pour plonger dans une épreuve de vérité … Qui tuera qui en premier ? Pas de panique, on s’en sortira grandi. Une pensée aux amis célibataires, aux femmes battues, etc. Courage. 
Pour éviter toute violence, on s’impose des horaires. On prend des bains de soleil à la fenêtre, sur un balcon, dans un jardin, on savoure des bains d’air. On se shoote à l’extérieur ! On brave les interdits quelques minutes puis on rentre regarder des musiciens en live, mais tout est faux, sans contact. Une espèce de fête de la musique virtuelle où tout le monde cherche à mettre sa pierre à l’édifice. L’art est thérapie. 
Par la fenêtre, le cerisier a débuté sa métamorphose. Les bourgeons éclosent doucement. Autour de chez nous, les fleurs de la campagne et leur parfum envoûtant . La rosée du matin. Tout est lent, tranquille. J’ai repris un recueil de textes commencés en 2005 nommés « éloge de la lenteur ». Je le finirais en 2025 … 
Au téléphone, je reste longtemps. J’appelle mon frère tous les matins, mes parents vers midi. On se fait aussi des vidéos en commun. Les gâteaux et les tartes aux pommes sortent des fours, dorés, fumants. Tu les sens ? Je vois ma nièce qui vient de naître le 20 novembre et j’en ai des frissons. 4 mois vendredi dernier. Elle s’appelle Suzanne et c’est un rayon de soleil. Elle change à une allure hallucinante. 
J’ai l’impression qu’on est enfermé depuis deux mois. 
Hier soir, on a fait un apéro virtuel à base d’anis et de sirop d’orgeat avec des amis, j’étais saoul (tout le monde parlait en même temps, personne ne comprenait rien, mais on était content). Quand on a arrêté, le sentiment était étrange, nouveau. J’ai dit à ma femme « je m’en fous, je prends ma voiture et je sors ». Elle a ri. Dehors, le silence était absolu. L’odeur humide de la campagne était forte, tenace. Elle savait que je n’irais nulle part. 
« Putain, nous sommes en guerre, sur un canapé ! » Je lui ai dit, un Ricard à la main. Tout est trop étrange. Tout est trop calme, mais je crois que je vais m’habituer. 
Ce matin, dans le ciel, j’ai vu une cigogne et d’autres oiseaux assez imposants que je n’ai pas réussi à identifier. Les oiseaux en voie d’extinction nous narguent. Le ciel n’est plus éraflé par les avions. Tout est calme, simple, basique. Mon fils m’a demandé si on verrait bientôt des dinosaures. Tout nous ramène à l’essentiel. Je lui ai répondu « sûrement ».
Lorsque je fais des courses, j’observe des distances, une tension lancinante traîne entre nous. Qui est contaminé ? Qui contamine l’autre ? Suis-je parano ? Vais-je me réveiller comme dans un mauvais film ? 
Je vais me déconnecter de l’actualité et des réseaux sociaux. Tout est trop anxiogène. Comment ne pas céder à la panique et ne pas confondre rumeurs et informations ?  
J’attends impatiemment la fin de l’électricité. Ce n’est pas moi qui patiente, mais cet être, au fond de mes tripes (tu as le même en toi), qui espère secrètement une fin du monde parce que d’une part elle serait légitime et d’autre part ce petit bout de moi voudrait bien se tester. À force de se nourrir de scénarios apocalyptiques … nous y voilà, enfin ! Seras-tu celui qui est égoïste, le trop bon trop con, le cynique, le débrouillard qui arrive à se nourrir avec rien ? Qui arrivera à supporter le danger, le vide, la peur. Tin tin !
En attendant, c’est bientôt l’anniversaire de ma mère. Je crois que c’est le plus difficile. Ne pas pouvoir rendre visite à mes parents. J’irai déposer un bouquet de fleurs des champs et un gâteau devant leur porte, mes enfants feront un dessin. Devra-t-elle tout désinfecter ? Est-ce que les voisins vont appeler la milice ? Drones de surveillance, couvre-feu, durée de confinement prolongée, comment en est-on arrivé là ? 
Je regarde ma boîte mail. Elle est vide. J’ai déjà relu tous les messages d’annulations. Je n’ai plus de travail. Le terme deadline n’a plus aucun sens. Je crois que mon rapport à l’espace et au temps évolue. Le futur est abstrait. Tout devient léger. Je deviens légèrement fou.
Soyons réalistes, notre humanité est en train de courir à sa perte. On a trop tiré sur la ficelle, le désastre a grandi dans l’ombre. La menace est sous nos yeux, mais personne ne veut le voir. Nous avons confondu l’essentiel et le futile. Nous avons devant nous des semaines, peut-être des mois pour réfléchir à ce qui compte vraiment, à ce qui nous rend heureux. Au fond, c’est une chance inouïe pour saisir un changement seulement l’homme à un ego démesuré…
Demain, nous ressortirons et reviendra ce temps rapide. Frénétique. L’hôpital sera encore en grève, en manque de matériel et on mettra du gel hydroalcoolique et des masques à disposition dans les bureaux de vote. On entassera les détenus dans 9 mètres carrés comme on enfonce le couvercle sur une marmite en pleine ébullition. Nous essayerons tous de rattraper le temps pour payer ces crédits, ces dettes et investir pour retrouver cette consommation boulimique. 
❌ Ceci est un avertissement. ❌
⚠️ Ce n’est pas un simple exercice. ⚠️
Nous sommes dans un grand moment historique, en plein fin de tout, mais l’effondrement est une renaissance. 
Ainsi, après tout ce bordel planétaire :
🛏 Soit on prend goût au confinement et plus personne ne veut voir plus personne (j’ai un doute). 
💣 Soit-on bascule vers les ténèbres : on fait une guerre mondiale entre humains majeurs et vaccinés et on en parle plus (rideau, terminé). � 
💰 Soit les états réinjectent des milliards pour contenir les conséquences de cette épidémie – la machine économique reprend de plus belle et on laisse nos enfants affronter ce problème (puisqu’il va revenir). Malheureusement, le passé nous a montré que le capitalisme se nourrit du chaos … pas besoin de te faire un dessin. 
🤪 SOIT on se transforme tous en hippie. Comment ? Il faut bannir toute cette éducation fondée sur la quête de pouvoir, la réussite absolue, la gloire, l’argent … tout miser sur l’hyper conscience, l’amour, la connaissance, la spiritualité, la musique, le jardinage … ce n’est pas gagné, certes. Mais qui aurait pensé en février qu’une pandémie nous obligerait à écrire une attestation pour sortir faire un footing avec ton fils en mars ? 
Tout est possible. 
Soyons optimiste. 
Bientôt, on sera tout nu, on se posera moins de questions. Tout nu, avec plein de drogues et des poils, plein de poils !Retrouvons des circuits à petites échelles, locales, sans forcément s’enfermer sur nous-mêmes. Bien au contraire. Devenons autonomes, car ce monde soi-disant puissant est vulnérable. Un virus le met à genoux. Ton business, ta nouvelle application, ta petite entreprise qui soi-disant ne connait jamais la crise, ta grosse boîte, tes plus belles caisses rutilantes, tout. 
Tout ton superflu. 
Tout. 
Relativisons. 
La sobriété est de mise.

26 avril – J’ai passé le cap. Je suis HIPPIE.

On s’est quitté en doudoune, on va se retrouver en slip de bain.
Va-t-on se reconnaître ? Que vas-t-on faire en sortant ? Allons nous sortir et surtout est-ce qu’un nouveau monde va surgir ?
Et là, maintenant. Es-tu inquiet ? Traumatisé ? Déprimé ?
Es-tu encore sous hypnose du discours de notre président ?
Moi, puisque je parle de moi sur une page blanche virtuelle.
Je lis, j’écris et je passe du temps en famille. Finalement, je vais être nostalgique de ce confinement.
Le matin, après une longue séance d’écriture, je me recouche et je prends ma femme entre mes bras. Le bonheur est simple. Elle ronfle, elle pète. Puis viennent les gamins. On écoute Calala de Paul Izak et ils me demandent s’il peuvent regarder un dessin animé. J’aime pas trop Gulli, c’est trop rapide. Ça va pas avec la pandémie. Je préfère leur mettre un vieux whalt Disney en noir et blanc. Si je suis motivé, je vais faire des Cacao. L’odeur embaume toute la maison et avec le soleil qui se lève c’est juste exceptionnel. Ensuite les mioches vont manger leurs céréales et moi je commence ma journée de travail.

J’apprends l’école de la vie à mon plus grand. De toute façon, le CE1, on a vite fait le tour. Un conseil, si le monde s’écroule, faut accélérer l’éducation. Je l’ai accompagné en forêt l’autre jour, je lui ai montré comment allumer un feu et je suis parti en courant. 

On vit une époque formidable. Personne ne sait rien sur rien mais tout le monde est expert en tout. J’écoute mon plus jeune garçon, il ne parle pas encore. Il dit juste Papa, maman, pipi, caca et LE MONDE D’APRèS.

Mais tout le monde évoque ce fameux MONDE D’APRÈS mais pensez-vous sérieusement que notre humanité va évoluer ? La 5 G arrive, le nouveau téléphone, la dernière paire de basket, 7 milliars d’euros pour Air France !!! … toujours du PLUS, plutôt que du MEILLEUR. Du bon vieux superflu.
Je crois que maintenant, là, tout de suite, nous sommes dans le monde d’après. Plus précisément, dans le fantasme du monde d’après puisque APRES ce sera le monde D’AVANT. Tu suis ? Ok, alors niveau 2.
NON, APRES ce ne sera pas le monde d’AVANT puisque le monde APRES sera pire que le monde d’AVANT (soit a priori dans 15 jours) car à présent et surtout demain, nous serons surveillés.
Je suis allé rendre visite à mes parents et j’ai eu l’impression de violer un pangolin malade. Allez-vous me tondre à la libération ? Merde, c’était pus fort que moi, il fallait que je vois la lueur dans leurs yeux. Ils sont restés derrière la fenêtre (ouverte) et moi j’étais à deux mètres. On a parlé de tout et de rien pendant une heure. J’ai dit pas mal de conneries et ma mère aussi. Mon père m’a montré une grande peinture qu’il avait réalisé (c’était très colorée, plein d’espoir).
Je suis rentré en songeant à ces calculateurs de bénéfices. Ces cravatés, ces architectes des inégalités, … vous vous êtes gravement plantés sur toute la ligne mais la croissance économique est votre obsession, votre abandon.
Ce virus est un avertissement avant la véritable crise climatique qui arrive alors s’il vous plaît, tomber les masques (on ne joue plus, ça ne fait plus rire personne), assumer vos erreurs, votre ignorance. Le virus nous a volé notre printemps et a laissé mourir nos anciens. Les autres ont pris un sérieux coup de vieux. Beaucoup d’amis ont pris des cheveux blancs, des rides et du bide. Moi ? J’ai les cuisses qui se touchent ! Mes gamins regardent le monde à travers les fenêtres. Jouent avec la petite voisine par dessus la clôture. Nous sommes tous contraints à la sédentarité et à l’intimité. Et ma femme a besoin de son terrier !  

J’ai la tête farcie de n’importe quoi. News. Fake news. Qui y comprend encore quelque chose ? A l’aide ! J’ai même envie de devenir croyant, mais croire en qui ? En quoi ? 
Je ne sais plus quoi faire. 
Je regarde des concert live sur Facebook mais ça n’a pas la même saveur. J’ai beau mettre un commentaire, un pouce bleu, un coeur. Tout est sans contact. Dégueulasse. 
Ce matin, au supermarché, un type s’est approché trop près de moi. Il s’est passé quelque chose. On s’est défié du regard. Avant on était dans une bulle, aujourd’hui ce sont des forteresses. Où va-t-on ?
Le déconfinement ? Je ne vois que des gens malades de jalousies et d’envies attendant impatiemment de rattraper le temps perdu. 

Le monde court à sa perte. Les masques commandés arrivent (à pied je pense) mais tout ceci n’est qu’un vulgaire avertissement. Les scientifiques sont unanimes. Ce que vous appelez croissance nous mène à notre perte. Vous voulez le chaos, vous aurez le chaos. Il n’y a pas plu depuis 40 jours. Une quarantaine. La terre est sèche. Ouvrez les yeux. L’apocaslip est proche.
Mais il reste encore une once d’espoir et nous pouvons tout changer.
Soyons optimiste. 
Retrouvons des circuits à petites échelles, locales, sans forcément s’enfermer sur nous-mêmes. Bien au contraire. Devenons autonomes, car ce monde soi-disant puissant est vulnérable. Un virus le met à genoux.
C’est l’occasion d’une prise de conscience mais aura-t-on la sagesse et la présence d’esprit de tirer toutes les leçons nécessaires ? 
Hier matin, un ancien de 85 ans habitant tout près de chez moi, passionné d’apiculture, m’a confié que de toute sa vie, il n’avait pas vu les abeilles aussi affamées. C’est la première fois qu’il leur donne du sucre à manger. « Elles têtent les alvéoles, immobiles ». La terre est sèche. La sécheresse est réelle. Le réchauffement est à notre porte. Sans pluie, vous serez mignons avec vos gadgets connectés.
Il va falloir agir. Il va falloir agir.
7 milliards pour Air France ça fait réfléchir.
Alors je relative et je rêve.
Tous les urgentistes, les femmes de ménages, le livreur, etc, tous ces gens qui travaillent. Je rêve qu’ils soient les futurs auteurs de best seller. Il le faut. Raconter. Vous avez été envoyés à la mort par la haute hiérarchie militaire, des soldats pris comme des pions au service de politiciens tarés. Ecrivez.
Le virus va rester et doit rester dans nos têtes pour que le monde change.
Mais, encore une fois la sobriété est de mise.

BISOUS VIRTUELS SUR VOS JOUES